—Mademoiselle, ne vous ai-je pas dit que le chef prussien était venu rôder par ici?

—Une seule fois, n'est-ce pas? Avant-hier?...

—Oui.

—Il n'a pas reparu?

—Non.

—Eh bien! il n'y a guère de chance pour qu'il dirige encore sa promenade de ce côté,» fit Mlle de Solgrès. «Le dégel a tellement détrempé ces allées éloignées du parc!...»

Une invincible réserve empêcha Louise d'en expliquer davantage à la jeune châtelaine. Après tout, c'est vrai, le colonel allemand paraissait oublier son caprice. Et ce caprice révoltait trop l'honnête paysanne pour qu'il ne lui répugnât pas d'en parler.

—«De toutes façons,» reprit-elle, «je ferai le guet, et monsieur Michel disparaîtrait à la moindre alerte. Il se cacherait dans ma chambre du fond. Ces chacals n'ont pas fouillé ma pauvre petite bicoque. Ils ne s'en aviseront pas aujourd'hui.

—Voilà ce que tu feras, Louise. A trois heures, tu t'avanceras jusqu'à la crête du ravin. Monsieur Michel entr'ouvrira la porte de fer. Si tu te mets à chanter, il rentrera immédiatement et ne bougera plus. Si tu lui fais signe qu'il peut venir, il te suivra chez toi. Je m'y trouverai ou j'arriverai aussitôt. Une demi-heure plus tard, nous nous serons dit adieu, et il sera loin. Est-ce entendu?

—Comptez sur moi, mademoiselle.