—«Écoute...» lui dit-elle. «C'est aujourd'hui qu'il nous quitte.»

Elle n'avait pas besoin de le nommer. Depuis presque une quinzaine que le volontaire garibaldien était leur hôte secret, les deux femmes n'avaient eu l'imagination occupée que de lui. Et la Louison n'était pas sans avoir pénétré les sentiments de sa jeune maîtresse.

—«Oui,» reprit Mlle de Solgrès. «J'ai bien peur qu'à sa première marche forcée, la blessure ne se rouvre. Mais il ne pense qu'à son devoir. Et ce n'est pas à moi de lui dire qu'il a tort.

—Dieu vous bénira tous les deux, mademoiselle.

—Puisse-t-il nous réunir bientôt!» murmura l'amoureuse.

C'était une confidence. Louise en profita pour s'écrier:

—«Ah! mademoiselle, vous êtes faits l'un pour l'autre.

—Ma bonne Louison, tu vas me rendre un service. Cet après-midi, avant son départ, monsieur Michel viendra ici, chez toi. Moi, je l'y rejoindrai. Tu nous laisseras seuls... Pense donc que nous ne nous sommes pas vus à la lumière du jour depuis que nous nous sommes liés du plus éternel des liens. Oui, maintenant, tu peux être certaine de ce que tu avais sans doute deviné. Nous sommes des fiancés, Louise...» Armande rougit et ajouta plus bas: «Des époux.»

—Mademoiselle,» dit Louise, «ma maison est la vôtre, comme tout ce qui m'appartient, et comme ma vie elle-même, s'il vous la faut. Mais n'est-ce pas bien imprudent de vous rencontrer ici?...

—Cinq minutes seulement, Louise!... Pas plus. Le temps de voir ses chers yeux à la face du ciel, d'y lire mon bonheur et ses serments.