—«Je ne suis pas citoyen français. Mes parents étaient Italiens,» déclara Michel avec toute l'assurance de la vérité.

—«C'est bien. On contrôlera vos dires. Et gare à vous si vous avez menti!» conclut l'autre d'un air menaçant. Puis, s'adressant à ses hommes, il leur donna un ordre dans leur langue.

Aussitôt ceux-ci prirent chacun un bras de Michel, et, marquant le pas comme à la parade, leurs bottes martelant le sol en mesure, ils l'emmenèrent hors de la maison.

—«Ne soyez pas trop sévère pour cet écervelé, monsieur le colonel,» intervint Armande, qui parvint presque à poser sa voix et à prendre une attitude détachée. «L'ambassadeur italien est un ami de ma famille. Je serais désolée que quelque complication survînt avec ses nationaux par la faute d'une de mes servantes.

—Je n'oublie pas les égards qu'on doit aux neutres, quand ils restent neutres,» dit l'officier prussien en appuyant sur les derniers mots. «J'ai l'honneur de vous saluer, mademoiselle.»

Lorsqu'il fut sorti, avec sa raideur allemande, Louise dévoila son visage, obstinément enfoui depuis un moment dans son tablier. Elle vit disparaître la lourde silhouette, et sa rage de femme outragée, son désespoir de la catastrophe possible, s'exhalèrent en invectives:

—«Ah! le cochon!... le cochon!...» répétait-elle à dix reprises, dans une frénésie écumante, tendant son poing fermé dans la direction de la porte.

—«Tais-toi, Louise... Regarde-moi,» dit Armande avec autorité.

La paysanne obéit.

—«Si Michel sort du château sain et sauf, il le devra à ta présence d'esprit. Tu as été admirable, Louise... Laisse-moi t'embrasser.