Et, regardant autour d'elle, dans cette chambre proprette, mais si médiocre, elle ajouta:

—«Ah! que tu es heureuse!... Tu peux pleurer ouvertement l'homme que tu aimas, et te réjouir du fils qu'il t'a laissé. Le château de Solgrès envie la loge de garde à la grille de son parc... Oui, Louison, je t'envie... Et toi, tu ne souhaiterais pas de changer avec moi.»

Les appréhensions de Mlle de Solgrès ne furent pas plus sombres que la réalité. Malgré les conseils de Louise, malgré l'ingéniosité de cette confidente prête à tous les subterfuges, Armande se résolut à révéler son état à sa mère. Peut-être cet aveu lui semblait-il inévitable. Peut-être le poids de la dissimulation était-il plus lourd que toutes les angoisses à cette créature de franchise violente, que le mensonge paralysait et suffoquait. Puis, à un moment donné, elle se sentit trop seule, quand la bonne Louison, ayant laborieusement donné le jour à un beau petit gars, se trouva aux prises avec la souffrance physique et la vigilance des commères. Pendant quelque temps, elles ne purent s'entretenir ensemble. Armande s'effara. La malheureuse n'osait plus se regarder dans les glaces. D'ailleurs le mois de juin s'achevait. La Commune, écrasée par l'armée de Versailles, expirait à Paris dans d'infernales convulsions, parmi les massacres et l'incendie. La comtesse de Solgrès, redevenue plus forte, parlait de partir avec sa fille pour aller rejoindre son mari. Maintenant, elle descendait dans le parc. Elle y faisait des promenades quotidiennes et toujours plus longues, afin de se préparer au voyage. Pour marcher, elle s'appuyait au bras d'Armande. Et c'était un si triste couple, ces deux femmes en deuil, l'une coquette, malgré son crêpe et ses cheveux gris, l'autre d'une morne indifférence où s'éteignait tout pétillement de jeunesse, que les soldats prussiens, flânant et fumant leur pipe dans le parc, se détournaient pour ne pas les rencontrer.

En voyant l'uniforme abhorré qui s'effaçait au loin entre les arbres, Mme de Solgrès poussait un soupir:

—«Les robes noires des femmes de France les intimident, ces bandits,» murmurait-elle.

Parfois elle s'emportait.

—«Ils font bien de se tenir à distance. Je leur cracherais au visage.

—Oh! ma mère... Ce ne serait pas digne de vous.»

La comtesse fit aigrement:

—«Toi, on dirait que tu ne sens rien.»