—Il nous rappellera à Paris dès que cette affreuse guerre civile aura pris fin.
—Enfin,» dit Louise, «vos parents n'ont plus que vous, mademoiselle Armande. Ils ne seront pas impitoyables pour le seul enfant qui leur reste, et quand ils pleurent encore l'autre.»
Mlle de Solgrès se tut. Car elle se demandait si, au contraire, la perte du fils préféré, de ce vicomte de Solgrès qui eût continué brillamment la race, ne rendrait pas ses parents plus amers pour la fille si différente, et maintenant coupable, perdue.
—«Ah! mademoiselle,» s'écria Louise, «quel dommage que j'aie trois grands mois d'avance sur vous! J'aurais déclaré des jumeaux et nourri votre cher petit avec le mien.
—Cela ne t'empêchera pas de le nourrir,» observa Armande.
Un faible sourire lui vint aux lèvres. L'idée lui paraissait touchante. Puis l'évocation de la petite vie future, l'image du nourrisson dans des bras berceurs, faisait tressaillir en elle l'instinct tout-puissant.
Mère... Il y a deux façons de l'être socialement. Mais il n'y en a qu'une, souveraine et sacrée, par les entrailles et par le cœur.
La Louison, tout illuminée par l'attente divine, trouvait des paroles bienfaisantes, d'un tact délicat.
—«Pensez donc, mademoiselle!... Ce sera un ange de courage et de bonté, cet enfant, avec un père si brave et une mère si généreuse. Vous vous féliciterez un jour de l'avoir mis au monde.
—Dieu le veuille!...» soupira la triste Armande.