Au retour d'un de ces voyages, le comte fit remettre en état la maisonnette de garde jadis habitée par le ménage Bellard. Depuis la guerre, cette maisonnette restait inhabitée. Les autres gardes suffisaient à la surveillance et à la sécurité du domaine. On n'avait pas remplacé le brave serviteur mort sur le champ de bataille.
La curiosité des domestiques et des paysans s'émut lorsque des ouvriers furent requis pour débarrasser en partie la maison rustique des lierres, de la vigne vierge et des clématites, et pour la rendre de nouveau habitable. Qui donc allait-on y installer? Le comte n'avait engagé aucun garde dans le pays. Et cependant il ne manquait pas de braves gens qu'une telle situation eût rendus contents et fiers.
Mais les plus envieux ne trouvèrent rien à dire quand ils surent à qui étaient destinées la maisonnette et la place. La Louison, remariée en Suisse, où l'amour sans doute l'avait retenue depuis qu'elle y accompagna ses maîtres, revenait au gîte. On lui rendait son nid. Et comme son second mari était un montagnard probe, actif et courageux, il remplacerait le premier dans toutes ses fonctions, et serait, comme lui, garde-chasse.
Quand le couple arriva, on lui fit bon accueil. La Louison était aimée dans le village qui l'avait vue grandir. Elle reparaissait au bras d'un Suisse. Mais les Suisses sont de braves gens, qui s'étaient montrés bons voisins pendant nos malheurs. Celui-là, qui s'appelait Mathieu Nobert, bénéficia tout de suite auprès des campagnards français de leur sympathie pour ses compatriotes et de leur amitié pour sa femme.
D'ailleurs, ils amenaient avec eux un vivant passe-partout, bien fait pour dilater les cœurs et épanouir les visages, un délicieux garçonnet de trois ou quatre ans, farouche comme un petit faon de montagne, mais d'une beauté émouvante.
La première fois qu'ils traversèrent ensemble les rues d'Étréchy, toutes les commères accoururent sur leurs portes:
—«Eh bien, Louison, vous voilà de retour? C'est gentil de rester fidèle au pays. Et ce chérubin-là? Le gars à ce pauvre Bellard... Dire que nous l'avons reçu dans ce monde! Mais, sainte Vierge! qu'il est devenu mignon!...»
On le regardait mieux, et les cris d'admiration partaient:
—«Quel amour, avec ses boucles noires!
—Mais où a-t-il pris ces grands yeux-là?...