Si les Prussiens qui faisaient bombance sous son toit avaient connu cette fille bizarre, entrevue à peine, ils n'eussent pas vidé la cave aussi gaiement. Leur nombre, leurs casques, leurs bottes, leurs fusils, n'eussent pas suffi à les rassurer, s'ils avaient pu lire dans ce cerveau bouillant de fureur et ruminant des projets insensés. La présence de sa mère empêchait seule Armande de mettre le feu au château ou d'abattre quelques officiers ennemis à coups de carabine, comme autrefois les lapins du parc. En ce moment, dans l'ombre, elle avait saisi le bras de Louise:
—«Parle donc!... Qu'y a-t-il de nouveau?...»
L'autre répondit à voix basse:
—«Un homme, mademoiselle... Un blessé qui s'est traîné jusque chez nous...
—Français?...
—Non, mais c'est tout comme... Un Italien de Garibaldi... Il porte au Gouvernement la nouvelle d'une grande victoire...
—Comment?... D'où vient-il?...
—De Dijon.
—Pour aller à Tours?... Ce n'est guère le chemin.
—Il a descendu la Seine en bateau avec des chalandiers... Les Prussiens l'ont arrêté... Il s'est sauvé... Mais il a reçu un coup de feu... Il allait crever sur la route, le pauvre diable, quand je l'ai ramassé.