—«Michel,» cria celle-ci aussitôt, «mon petit Mimi, laisse les fleurs... Comment!... Tu n'as pas dit bonjour à ta marraine!...
—Oh!» dit Armande, «ne l'empêchez pas.»
Elle s'avança un peu et s'agenouilla près du petit garçon.
—«Veux-tu me donner tes fleurs?» lui demanda-t-elle.
—«Les voilà... Oh! vous pleurez?...» dit le petit, que stupéfiait la vue de deux larmes dans les yeux si tendres pour lui.
—Mon amour... Mon cher amour!...» balbutia la pauvre femme, en serrant éperdument le souple petit corps contre sa poitrine.
Heureusement, du château, nuls yeux réprobateurs ne surprirent cette effusion affolée. M. et Mme de Solgrès, relevés de leur surveillance ombrageuse depuis le mariage de leur fille, ne recherchaient plus avec elle une vie commune où trop de gêne subsistait. En ce moment, ils étaient à Paris, occupés à déménager leur hôtel de la rue Saint-Dominique, condamné par le percement du boulevard Saint-Germain. Le vieux couple se contenterait maintenant d'un appartement en ville, tandis que les jeunes mariés se feraient construire une demeure plus moderne dans les quartiers neufs. Déjà le marquis de Malboise avait jeté son dévolu sur un terrain, rue d'Offémont. Et il était en pourparlers avec l'architecte,—le même qui avait négocié l'achat et présidé aux travaux du petit hôtel offert à la jeune comédienne. Bagatelle, d'ailleurs, que ce cadeau à une maîtresse. Pour la demeure conjugale, l'artiste avait le champ libre. Car ce serait l'hôtel de Malboise. Il le fallait de caractère historique en rapport avec ce nom célèbre dans les fastes de la noblesse française, en rapport aussi avec la grande fortune qui en relevait le prestige. Aussi, le marquis fouillant dans ses archives de famille, retrouvait de vieux plans et de vieilles gravures, grâce auxquels l'architecte pourrait reconstituer une des maisons de ses ancêtres au temps de la Renaissance. Et de là surgit cet hôtel de la rue d'Offémont, dont tout Paris admire encore le style François Ier, si élégant et si pur.
Lorsque cette exquise résidence fut achevée, M. de Malboise entendit que sa femme y menât un train digne de leur situation et nécessaire à son influence politique. Il se buta à une résistance inattendue.
Jusqu'à présent, l'inclination d'Armande pour la vie campagnarde de Solgrès n'avait pas même été remarquée par son mari. C'était, croyait-il, le fait des circonstances, puisque le ménage n'avait à Paris qu'un pied-à-terre provisoire. Aujourd'hui seulement la lutte allait commencer.