—«Ne devinez-vous pas?

—Du tout.»

Une expression de vague ironie eût démenti cette réponse pour un observateur même peu sagace.

—«Mon Dieu, Armande, le sujet ne laisse point d'être délicat. Toutefois nous ne sommes pas des enfants... Encore moins des amoureux. Nous savons parfaitement l'un et l'autre que l'inclination romanesque ne fut pour rien dans notre mariage. Nous nous sommes fait mutuellement l'apport, moi, de mon nom et de mon titre, vous, de votre fortune. Si je meurs le premier, vous resterez marquise de Malboise. Mais si c'est le contraire, trouvez bon que, pas plus que vous, je n'aie fait un marché de dupe.»

La grossière netteté de cette dernière phrase fit monter aux joues pâles d'Armande un flot de rouge, qui se fixa aux pommettes en deux taches, de feu. Pascal de Malboise ne se doutait guère de quel abîme de secrète honte jaillissait le brûlant afflux.

—«Vous avez raison, monsieur,» dit sa femme. «Je vous dois mon argent. Vous l'aurez jusqu'au dernier sou.»

La promptitude et la fierté de cette réponse humilièrent un peu le député. Il expliqua:

—«Vous comprenez... Si nous avions eu des enfants, comme je le désirais avec tant d'ardeur, la nécessité d'un testament de votre part ne s'imposerait pas. Mais, voyez qu'un malheur arrive, et que je sois contraint à partager avec des collatéraux dont vous ne vous souciez pas plus que moi. Vous avouerez...

—J'avoue, monsieur, que c'était une des conditions, au moins tacites, de notre marché...» (elle appuya sur le mot) «que je vous donnerais des enfants... De ce chef encore, je suis tenue à payer un dédit.

—Oh! ma chère...