—«Malheureuse!... Que me cachez-vous? Qu'y a-t-il dans votre existence ou dans celle de votre famille?... Ce domaine, qui porte le nom de vos ancêtres, à qui pensez-vous le transmettre?...»
Elle sentit en cet homme une telle frénésie, qu'elle crût sa dernière heure arrivée. La vérité ou le silence l'exposaient également. Et elle n'avait pas la ressource du mensonge. Quelle fable inventer?... Puis, comme il disait lui-même, elle ne saurait pas. Une ivresse d'indignation la souleva.
—«Laissez-moi!...» gémit-elle en se tordant sous la cruelle étreinte. «Quelle honte!... Vous, un gentilhomme!... Battre une femme pour la dépouiller!...»
Il la lâcha.
—«C'est faux!» protesta-t-il. «La valeur de Solgrès n'est pas en cause. Mais il y a là-dessous quelque ignoble mystère que j'ai le droit de savoir... et que je vous arracherai!...»
Les syllabes grincèrent comme des scies et des tenailles de torture.
Et ce fut bien une torture, pire que tout ce qu'elle avait subi auparavant, qui commença pour Armande. Moralement, et parfois physiquement, elle endura ces persécutions multiples que peut seul exercer un mari, à qui toute une vie de femme est livrée, sans aucun asile d'âme ou de corps, quand ce mari n'a ni respect, ni scrupule, ni pitié.
Maintenant, il ne la quittait plus comme autrefois. Il restait auprès d'elle ou la contraignait à le suivre, résolu à ne la laisser tranquille que lorsqu'il aurait percé le mystère que, malgré tout, elle parvenait à lui dérober.
Elle résistait.
L'inertie, l'obstination, le dédain, la ruse même,—car elle eut à la fin, traquée comme elle était, des subtilités astucieuses de femme, elle si peu fille d'Ève,—tout lui servit pour ne pas révéler cette détermination incroyable, qu'elle donnerait par testament le merveilleux, l'historique Solgrès, au fils d'un de ses gardes-chasse. Même, pendant longtemps, elle eut le courage de ne pas s'occuper du petit Michel, de rester éloignée de lui, afin de ne pas mettre sur la dangereuse piste une inquisition désormais en éveil.