Peu d'instants après, Mme de Malboise reparut, marchant comme une condamnée vers l'échafaud, raidie, fixe, ivre de dédain et de désespoir devant la perfidie de sa destinée.
—«Vous ne vous êtes pas donnée en spectacle, au moins?... Vous n'avez pas livré cette honte aux risées de la valetaille?...» lui dit seulement Pascal.
Elle fut plus épouvantée de son calme qu'elle ne l'eût été de sa frénésie. Elle commençait à le connaître. Avec un geste de dénégation, elle murmura:
—«Je l'ai aperçu tout de suite.»
Il y eut un silence, un échange de regards. Les paroles sont sans expression pour ces vibrations forcenées de l'âme. A la fin, Pascal prononça—et de quel accent!
—«Ainsi c'est à ce bâtard que vous légueriez Solgrès?...»
Il n'alla pas jusqu'au bout de son idée. Sans doute, ce n'était pas seulement l'incomparable domaine qu'Armande laisserait à cet odieux enfant. Toutes les parties de leur fortune dont elle pouvait légalement disposer, seraient enlevées à lui, marquis de Malboise, pour enrichir cet être, pour glorifier ce déshonneur vivant!... Ah! tout s'éclairait à cette heure. Comme elle l'aimait, ce fils de l'amour, ce fruit de quelque faute abominable, dont il ne saurait jamais le secret! Un à un, dans sa chair à lui, au passage des réflexions tumultueuses, s'enfonçaient les aiguillons divers jaillis de sa découverte exaspérante. L'expression de sa face devint terrible.
—«On m'a joué!» dit-il. «Un comte de Solgrès a machiné cette ignoble duperie!»
Armande ne nia pas que ses parents n'eussent connu le triste mystère. Elle ne les défendit pas plus qu'elle-même. Peu lui importait, à cet instant, leur mémoire, ou sa propre fierté! Elle ne songeait qu'à Michel. Qu'est-ce que la haine d'un tel homme pourrait inventer contre cet enfant?...