Sans un mot, sans un geste, sans une larme, elle entendit les plus sanglantes injures. Elle, l'orgueilleuse, l'indomptée, enfin elle se fit humble. Quand il eut dit tout ce que la violence humaine peut mettre d'intraduisible dans une bouche même aristocratique, lorsque l'être est déchaîné et que les portes sont closes, elle s'agenouilla devant lui:

—«Faites de moi ce que vous voudrez... Chassez-moi... Mais, je vous en supplie, ne rendez pas responsable ce pauvre innocent!...

—Que je vous chasse!...» dit Pascal. Et il ricana. «C'est tout ce que vous trouvez, vous! Que je me fasse bafouer publiquement, que je rende ma situation politique impossible... Vous chasser!... Mais d'où?... Solgrès vous appartient. C'est donc moi qui m'en irais, vous laissant étaler le scandale ici, avec votre bâtard!... Jamais, vous entendez bien, jamais!...»

Il arpentait la chambre. Son pas lourd écrasait le tapis, toute sa colossale stature frémissait comme un arbre secoué par l'orage. De nouveau il se planta devant elle.

—«Je défendrai l'honneur de mon nom comme votre père a défendu l'honneur du sien. Il m'apprend à n'avoir pas de scrupules. Vous pouvez compter que je n'en aurai pas.»

Armande n'eut même pas un rictus d'ironie. Elle s'était relevée. Elle dit:

—«Que voulez-vous de moi?»

Sans lui répondre, il s'écria:

—«Mais ce misérable couple... ces Nobert!... Ils sont au courant de tout?...

—La femme seulement.