— Tu ne veux pas que je joue un rôle dans ta comédie, que je devienne ta complice?
— Je ne veux que sauver de la douleur celui que j'offense malgré moi. C'est bien assez du mal que je t'ai fait, ma pauvre Lolotte.
— Pourquoi n'as-tu pas le courage de ta folie, ne divorces-tu pas?
— Parce que ni Édouard ni moi nous ne pourrions vivre l'un sans l'autre. »
A cette étonnante réponse, Charlotte eut un moment de stupeur. Puis, affolée d'incompréhension, d'impuissance, elle s'écria :
— « Eh bien, j'irai trouver M. d'Orlhac. Je le supplierai ou je le menacerai. Si c'est un homme d'honneur, il renoncera à toi. »
Marcienne, sans répondre, posa sur Charlotte un long regard indéfinissable.
Il y eut un silence. Toutes deux maintenant se tenaient debout, face à face. Et, brusquement, dans cette confrontation, le sentiment de ce qui les divisait sombra en elles, tomba au second plan de leurs âmes, subit comme une courte éclipse. La douceur intime et ancienne de leur amitié ressurgit. Un long flot de tendresse monta, dans une horreur étonnée de la lutte. Pouvaient-elles se traiter en ennemies? Mais que s'était-il donc passé? Pourquoi n'avaient-elles pas prononcé le mot qui les aurait fait se comprendre? Il devait exister, ce mot. Rien n'était irréparable. La triste chose pouvait finir, s'oublier, s'effacer comme un mauvais rêve.
Charlotte surtout, si longtemps pliée à l'influence de cette sœur qu'elle admirait, et dominée à cette minute même par le mystère, par le calme d'une nature vraiment supérieure, — plus enfant aussi, plus crédule aux miracles des revirements et des réparations, — admit soudain et sans cause la possibilité d'un remède.
— « Marcienne… j'avais tant de chagrin!… Pardon si je t'ai blessée… Je ne te juge pas, je t'implore… Dis, tu ne voudras pas notre malheur à tous!… »