Elle l'ouvrit, la franchit et la referma, furtive et preste.
Dans le jardin, elle s'arrêta, la main à sa poitrine gonflée, où le cœur bondissait follement.
Une joie douloureuse l'oppressait. Dès cette première minute, tout ce qu'il y avait dans son amour de voluptueux et de tragique, tout ce qui en faisait l'ivresse et l'amertume, se précipitait en elle, y jetait cette exaltation douce et en même temps terrible, qui semblait à Marcienne la saveur suprême de la vie.
Son amour… Il était là, partout, dans cet asile secret et cher. Il se levait passionnément de toutes choses : de la pelouse étroite, où le gazon se poudrait d'une poussière de brouillard ; des corbeilles, où la sollicitude entêtée de l'amant voulait maintenir des fleurs en plein décembre ; de l'allée tournante, où le gravier criait une discrète bienvenue ; du petit porche à colonnettes, au fronton duquel s'échevelaient des ramuscules morts de glycine.
Les yeux de Marcienne effleuraient chaque trait du blême jardinet d'hiver, chaque détail de la façade, avec une caresse attendrie. Stables images des heures miraculeuses et fugitives. Apparences qui subsisteraient en elle à travers tout l'avenir obscur, jusqu'aux portes de la mort… Oui, toujours, toujours, elle les verrait. Et c'était le seul « toujours » dont la certitude fût permise à sa jeunesse déclinante.
Une pâleur à la joue, Mme de Sélys entra.
Il était à peine trois heures et demie. Philippe ne serait pas encore là. Elle le savait.
Le jeune homme n'habitait pas cette villa, louée uniquement pour leurs rendez-vous.
Il demeurait avec sa mère, dans un superbe appartement de la place Vendôme.
C'était pour ne pas quitter Mme d'Orlhac, et non, comme l'avait insinué Charlotte, pour mener à Paris une vie de plaisirs, que le jeune diplomate s'était fait donner un poste au ministère des Affaires Étrangères, plutôt de d'accepter le secrétariat d'ambassade auquel il avait droit.