Après l'explication qui avait eu lieu entre les deux belles-sœurs, Mme de Sélys ne revit pas Charlotte de quelques jours.

Celle-ci se disait souffrante, s'enfermait.

Son mari vint rue Rembrandt, parut dans des réunions mondaines où les deux couples devaient se rencontrer. Elle l'y laissa aller seul.

Aux questions inquiètes d'Édouard, le peintre répondit en plaisantant : « Lolotte n'est pas plus malade que moi. C'est un caprice.

— Elle n'est pourtant pas fantasque, » fit observer M. de Sélys. « J'espère bien qu'elle n'a pas quelque contrariété. »

Marcienne écoutait, le cœur étreint.

— « Oh! pas par ma faute, » répliqua vivement Jacques Fromentel.

La franchise de sa voix et de son regard dissipa chez Édouard une légère anxiété. Il savait sa sœur heureuse en ménage. Mais il n'ignorait pas que ce bonheur nécessitait un peu d'aveuglement. Le peintre était sujet à de courtes infidélités, — de ces fantaisies de nerfs ou d'imagination, plus irrésistibles pour un artiste que pour tout autre, qui, aux yeux des hommes, ne comptent pas, et qui cependant suffisent parfois à briser le cœur d'une femme, surtout d'une femme aussi ingénue que Lolotte.

— « Vous savez, Jacques, » dit l'avocat, rassuré et riant un peu, « si quelque étourderie de votre part faisait du mal à cette enfant-là, je ne vous le pardonnerais pas.

— Je ne me le pardonnerais pas à moi-même, » déclara Fromentel, soudain sérieux.