Il ajouta :

— « Ne craignez rien. Je n'ai jamais été pour Lolotte un meilleur mari qu'en ce moment. Ce qu'elle a ne me préoccupe pas, puisqu'il s'agit d'un malaise qui n'a pas de cause. Moral ou physique, il sera passé bientôt.

— Tu n'as pas vu Charlotte, Marcienne? Pourquoi n'y es-tu pas allée? » demanda M. de Sélys en se tournant vers sa femme.

Celle-ci se troublait à constater la mâle sollicitude des deux hommes pour l'aimable et fragile créature si profondément atteinte par sa faute.

Ainsi Lolotte, malgré sa puérilité, son besoin de consolation et de confiance, n'avait pas trahi la douloureuse gravité de son secret. Qu'elle eût un poids terrible sur le cœur, le mari même ne le soupçonnait pas. Non seulement elle gardait les lèvres closes, mais elle ne laissait échapper aucun symptôme involontaire de ce qui devait la tourmenter si cruellement.

Marcienne en ressentit une émotion où la gratitude et la pitié se mêlaient d'impatience. Son orgueil eût préféré la lutte. Et peut-être, dans l'exaltation d'amour qui lui rendait impossible tout retour à l'existence normale, aussi dans l'antipathie du perpétuel mensonge, souhaitait-elle vaguement une catastrophe qui l'eût libérée des contraintes, qui l'eût autorisée à mourir en plein rêve.

Elle entendit Jacques Fromentel lui dire :

— « Oui, ma chère Marcienne, venez donc voir Lolotte. Un mot de vous la guérira. Vous la confesserez. Elle doit avoir quelque petite folie en tête. Et vous êtes son modèle, son bon ange. Ah! elle apprécie sa chance de posséder une sœur comme vous.

— J'irai voir Charlotte aujourd'hui même, » dit Marcienne.

Elle y alla.