— Une bécasse qui deviendra une grue.
— Croyez-vous?
— Voyons!… Si l'auteur la fait à ce point vertueuse, c'est pour qu'elle s'en repente plus tard.
— Pourtant cette crânerie d'avouer la tentation… de réclamer l'appui moral de son mari…
— Il s'en fiche bien, son mari, de l'appuyer moralement. Il va souffrir comme un fat de ce qu'elle a été effleurée par le rêve d'un autre amour. Il ne lui pardonnera jamais sa franchise.
— Ça, c'est vrai. Tous les maris déclarent qu'il n'y a pas de femme fidèle, mais chacun haïrait la sienne s'il pouvait croire avec certitude qu'elle a désiré pendant une minute les lèvres d'un autre homme.
— Aussi, pourquoi avoue-t-elle, cette petite dinde?
— C'est une gaffe. On pourrait appeler la pièce : La Femme qui fait des Gaffes. »
Dans la loge d'avant-scène où se trouvaient les deux couples de Sélys et Fromentel, une voix, — une petite voix flûtée et douce, — s'éleva lorsque la chute définitive du rideau cacha le trio des acteurs :
— « Le mari, la femme et l'amant. C'est la famille moderne. Car, pour ce qui est de l'enfant, — quand il existe, — il compte si peu!… »