Devant lui, une silhouette aimable, un beau garçon, élégant, qui s'inclinait. Un nom traversant en éclair la vive mémoire de l'avocat : « Philippe d'Orlhac. » Puis, comme il tendait la main, plein de cordialité, un élan sauvage de Charlotte, l'interposition frémissante de la jeune femme entre les deux hommes, une secousse détournant sa main ouverte, et l'accent rauque, farouche, de sa sœur, qui répétait avec une sorte d'égarement :
— « Allons-nous-en… Allons-nous-en… Viens… »
Inconsciemment M. de Sélys fit volte-face. Le désarroi de sa pensée ne lui laissait pas une impression nette. Mais quelque chose d'aigu lui perça le cœur, sans qu'il sût pourquoi, devant la pâleur effrayante de Marcienne, qui les rejoignait.
Des mots vagues, qui n'expliquaient rien, qui sonnaient faux, s'échangèrent.
— « Qu'est-ce qui lui a pris?
— Est-ce que tu as perdu la tête, Charlotte?
— Je ne comprends pas… J'allais saluer M. d'Orlhac… Elle m'a tiré le bras…
— Où a-t-il passé, M. d'Orlhac? » demanda Jacques.
Le jeune diplomate avait disparu. Des personnes s'arrêtaient, regardaient curieusement. La sonnerie électrique rappelait le public dans la salle. M. de Sélys entraîna son groupe vers la loge.
Il ne questionnait pas Charlotte, saisi par le sens de gravité qui planait sur leur petite aventure. D'ailleurs il la sentait brusquement alanguie sur son bras, comme accablée par quelque fardeau trop lourd. Elle se traînait d'une démarche raide, les yeux élargis, la bouche entr'ouverte et tremblante. Il entendit le choc léger de ses mâchoires qui se heurtaient.