Dès neuf heures du matin, — laissant de côté tous ses travaux, et, en particulier, la préparation d'une plaidoirie dans un procès d'avance fameux, qui mettait en cause de graves intérêts sociaux, — Édouard s'était rendu auprès de sa sœur.

La petite se leva pour le recevoir, et lui apparut en peignoir clair, tout neigeux de dentelles. Déshabillé qui lui seyait d'habitude, mais qui aujourd'hui soulignait sa pâleur, lui donnait un air plus brisé, plus las. Car elle n'avait pas dormi non plus. Et peut-être avait-elle pleuré. Cela se devinait aux meurtrissures de ses paupières, cerclant de rose l'iris élargi et fiévreux, dans la délicatesse un peu brouillée du visage.

Elle emmena son frère vers la retraite intime de son cabinet de toilette, qu'un paravent transformait en boudoir.

Le peintre travaillait dans son atelier, situé au dernier étage de la maison, et relié à l'appartement par un escalier intérieur.

M. de Sélys enjoignit au domestique de ne pas le prévenir qu'il était là.

L'explication entre le frère et la sœur allait donc se dérouler dans le tête-à-tête le plus confidentiel. L'avocat ne doutait guère qu'elle n'aboutît à quelque confession dont il n'était pas sans appréhender la nature.

Il avait débuté sur une note un peu rude, mais devant la pauvre figure blêmissante de Lolotte et son silence effaré, il s'adoucit.

Quand il lui rappela leur longue intimité sans nuage, et sa tendresse, et la confiance qu'elle avait toujours eue en lui, la jeune femme vint se jeter dans ses bras.

— « Oh! » dit-elle, « Édouard, quoi que tu penses de moi, je t'en prie, ne doute jamais que tu sois ce que j'admire et ce que j'aime le plus au monde. »

Il l'écarta de lui.