Puis, comme il restait devant elle, hébété, éperdu:
—«Allons, mon petit cousin, allons... Au revoir!» lui dit-elle, comme en congédiant un enfant,—l’enfant qu’il s’était plaint d’être pour son oncle, et qu’il était bien davantage pour elle.
Il voulut se précipiter, pour au moins lui baiser la main. Mais, avant qu’il en ait eu la présence d’esprit, elle avait déjà disparu, refermant la porte qui donnait sur son petit salon.
Quand elle fut seule, Mlle de Valcor sentit tourbillonner en elle-même toutes les émotions de cette journée. Leurs ondes mouvantes se mêlaient. L’image dont s’était accompagnée l’une s’emplissait du frémissement de l’autre. Ainsi, elle se trouvait en pensée dans le cimetière blanc, et c’était le souvenir d’Hervé qui lui faisait défaillir le cœur. Où était-il?... Où était-il?... Pourquoi ce long, cet inexplicable silence?... Ne pouvait-il, au moins, lui faire transmettre de ses nouvelles par sa mère? Mais Mme de Ferneuse aussi avait disparu de leur existence.
Soudain, Micheline tressaillit. Elle revoyait, en un éclair, cet individu répugnant qui parlait à son père sur un pied d’égalité, avec plus d’aisance qu’un Luc de Prézarches ou un Raymond Varouze. A son père, si prompt à marquer aux gens leurs distances! C’était ce personnage louche qu’un Renaud de Valcor irait retrouver cette nuit! Car elle avait entendu le rendez-vous,—sauf l’endroit, que la prudence du drôle modifiait. Un piège, sans doute! Son père courait un danger. Il n’irait pas!... Non, il n’irait pas! Elle s’attacherait à lui, avouerait son indiscrétion, ce qu’elle avait surpris, elle le supplierait... Il faudrait bien qu’il la rassurât ou qu’il restât!
Mlle de Valcor toucha une sonnerie.
—«Dites qu’on me prévienne aussitôt que ces messieurs seront partis. Aussitôt, n’est-ce pas?
—Bien, mademoiselle,» répondit la femme de chambre.
Une heure plus tard, elle crut entendre battre la grande porte de la rue. La camériste revint.
—«Ces messieurs viennent de s’en aller.