—Je vous sonnerai. Allez.»
Micheline était résolue à rester debout jusqu’au retour de son père, pour lui demander un entretien, à quelque heure de la nuit que ce fût.
«S’il rentre...!» pensait-elle avec les tressaillements d’une inquiétude qui craignait tout sans savoir au juste quoi.
Bientôt la diversité de ses préoccupations se fondit dans cette peur irraisonnée, torturante.
Craignait-elle un guet-apens tendu à son père par des malfaiteurs? Craignait-elle davantage une alliance de mystère, de scélératesse, entre ce père, qu’elle mettait si haut jusque-là, et des êtres pareils à celui dont elle avait entrevu tout à l’heure la figure de gredin, dans le cabinet même du marquis de Valcor? Elle ne définissait pas ce qui la faisait trembler. Ses nerfs se nouaient d’angoisse. Le silence lui faisait mal. Et les vagues bruits, soulevés lointainement dans le vaste hôtel, lui faisaient plus mal encore.
Vers minuit, elle fit venir dans son petit salon Firmin, le vieux valet de chambre du marquis, l’homme qui passait, à tort ou à raison, pour posséder quelque grave secret de son maître.
—«Mon père ne vous a pas prévenu de l’heure où il rentrerait, Firmin?
—Non, mademoiselle. Mais ce ne sera pas très tôt, car monsieur le marquis m’a défendu de l’attendre.»
Elle se tut, ne voulant pas éveiller les commentaires, en trahissant un état d’esprit que rien, peut-être, ne justifiait.