—«Vous permettez, madame?...» disait Bertrande. «Je suis vraiment bien confuse. Vous voyez, il rit. Mais si je ne m’occupais pas tout de suite de lui, il commencerait une vie terrible. Nous ne pourrions pas nous entendre.

—Faites donc... Je vous en prie... Faites comme si je n’étais pas là. Je ne suis pas pressée,» répondit l’étrange cliente.

Elle ne songeait pas à prendre la chaise aussitôt avancée pour elle. Debout, les yeux attachés sur cet enfant, blanche comme un linge, elle semblait changée en statue. Une statue, certes, du Regret, ou de la Mélancolie, ou de l’Impossible et de l’Inaccessible, tant la brisure du Désir qui renonce faisait fléchir ses frêles épaules et vaciller la lueur indécise de ses prunelles.

Tout d’abord, Bertrande, en son égoïsme maternel, ne s’aperçut pas de cette attitude. Profitant de la permission qui lui était donnée, elle sortit Claude de son berceau. Puis, murmurant, en guise d’excuse:—«Il n’y a qu’une chose pour le calmer. Sans cela, il ne nous laissera pas la paix,» elle défit rapidement deux ou trois boutons de son corsage, et, avec une discrétion pleine de pudeur, elle montra un peu de sa chair blanche, que son fils cacha d’ailleurs aussitôt en y jetant sa tête bouclée.

S’étant assise pour cette opération, que la coquetterie lui aurait inspirée si elle avait eu de la coquetterie, tant elle y offrait, si charmante elle-même, avec son bel enfant, un gracieux spectacle, elle s’avisa que sa visiteuse restait debout, et la supplia d’accepter un siège. Elle vit alors toute la tristesse de cette physionomie, et demanda timidement:

—«Vous n’avez pas perdu un bébé, j’espère bien, madame?»

Françoise secoua la tête, tandis qu’elle s’asseyait enfin.

—«Vous n’en avez pas encore, peut-être? Vous êtes si jeune!

—Non, je n’en ai pas.

—Oh! alors, vous ignorez comme on les aime. Je dois vous paraître ridicule, inconvenante, de vous faire attendre pour que ce petit gourmand ait son goûter à l’heure.