—«Je ne serai jamais une maman. Je n’aurai jamais un chérubin comme celui-ci à moi,» dit Françoise, dont, malgré toute sa fierté, la voix fléchit, se brisa.
—Pourquoi donc?
—Je vais entrer en religion.
—En religion!»
Un flot rose anima les joues amaigries de l’ouvrière. Ce mot rouvrait en elle le passé, sa Bretagne, le couvent de Quimper, asile de son adolescence, la vocation qu’on essaya de nourrir dans son âme.
—«Moi aussi,» dit-elle, «j’ai failli prendre le voile. Je ne connaissais pas la vie.
—Vous est-elle donc si douce?» demanda la visiteuse avec une nuance de dédain.
—«Elle m’a donné mon fils.»
L’orgueil qui sonnait dans cette réponse déconcerta Mlle de Plesguen. Ce qui lui semblait la plus effroyable déchéance, ce qui l’eût jetée à la folie ou au suicide, pouvait enivrer une autre de joie altière! Il est vrai que cette autre... Mais non... Fille du peuple, soit, Bertrande n’était pas vile. Comment la mépriser sincèrement? La mépriser!... De loin, du haut des préjugés et des conventions... oui... peut-être... c’était possible. Mais ici, dans la douceur et la chaleur de l’amour maternel, dans la pauvreté, l’effort et le sacrifice, la virginale vertu elle-même n’arrivait pas à ce mépris.
Bertrande devinait-elle, au moins en partie, ce qui s’agitait sous le silence rêveur de son incompréhensible cliente. Elle reprit: