Depuis sa visite à la rue de Ravignan, José Escaldas ne bougeait guère de sa chambre. A chaque son qu’il entendait dans la maison meublée, pleine d’allées et venues, il se levait à demi, s’apprêtait à ouvrir sa porte.
«Pourvu qu’il vienne!» se disait-il.
Mais chaque fois il éprouvait un déboire. Aussi, malgré sa faiblesse indulgente pour le beau sexe, l’inflammable Bolivien pestait contre les trop hospitalières jeunes personnes, émules de la Môme-Cervelas, dont les mœurs accueillantes et les amitiés fugaces, mais multiples, contribuaient pour beaucoup à l’animation de cette demeure.
Des semaines passèrent, et il commençait à désespérer, lorsque, un après-midi, des pas masculins, gravissant l’escalier, se dirigèrent vers sa chambre, et des coups heurtant le bois s’adressèrent à son huis.
Il ouvrit.
Pas une seconde—louange en soi à sa perspicacité—Escaldas ne douta de l’identité du visiteur, que, cependant, il voyait pour la première fois.
Melon à bords plats, cravate rose, complet à carreaux, et ces cheveux roux poussant bas, cette moustache faraude, ces yeux de vice, cette mâchoire bestiale, ce corps de chat-tigre, musclé, agile. C’était bien «le petit homme» de la Môme-Cervelas.
La présentation réciproque fut rapide. L’entrée en matière encore plus.
Arthur Sornières ne se possédait pas de joie. Dire que le hasard l’avait mis en rapport avec cet Escaldas, qu’il cherchait depuis si longtemps!