Il partit, adressant à sa compagne une cynique recommandation quant au travail qui leur ferait une soirée fructueuse.
Il rentra vers les deux heures du matin. Son inquiétante figure d’Apache parisien portait un air si sombre que la tremblante Angèle se recroquevilla, réduisit sa mince personne au plus petit volume possible, trouvant qu’elle offrait encore trop de surface aux coups qui ne manqueraient pas de pleuvoir.
Mais non. Arthur se secoua comme un chien qui sort de l’eau. Ses dents claquèrent. Il dit d’une voix rauque:
—«Fais-moi un vin chaud.»
Le verre fumant apporté, il le vida d’un trait, puis, le reposant sur la table, si brutalement qu’il le fit voler en morceaux:
—«Ah! tonnerre!... la sale besogne!... la sale besogne!...»
Chauffé par le vin, une minute après, il ricana:
—«Bah! pour trente mille balles! Sans compter ce qu’on le fera chanter plus tard, ce rossignol! Il en aura de la voix, quand je lui battrai la mesure!»
S’égayant à cette musicale perspective, le Beau Rouquin embrassa Angèle, que cette tendresse enchanta:
—«Viens, poupoule... Il fait meilleur ici que sur la terrasse du Sacré-Cœur? Ah! je te réponds que c’est un endroit pour jaspiner tranquillement après minuit sonné.»