Arthur, surnommé à Montmartre «le Beau Rouquin», à cause de son irrésistible physique, ou encore le «Baladeur», allusion à ses mœurs errantes, ne se distinguait ni par la courtoisie ni par la patience. Avant même d’avoir écouté jusqu’au bout le récit d’Angèle, dite la Môme-Cervelas, rien que sur l’air embarrassé de la misérable créature et sur le soupçon qu’elle avait eu la langue trop longue, il commença par la rouer de coups.

Ce solide gaillard, aux drus cheveux roux, à la mâchoire bestiale, aux larges épaules musclées sur une taille souple de félin, d’une superbe vigueur de brute, tapait dur. La pauvre Môme-Cervelas crut que, cette fois, les terribles poings lui feraient à jamais passer le goût de sa charcuterie favorite. Et quand Arthur, s’asseyant pour se reposer de cet exercice, lui dit: «Maintenant, explique-toi...» elle mit cinq bonnes minutes à retrouver son souffle.

Quand elle eut raconté les choses, non sans des réticences que ponctuèrent quelques taloches, le Beau Rouquin s’enferma dans un mutisme écrasant.

—«Alors, comme ça... j’ai pas trop gaffé? Je t’ai pas causé trop d’embêtements, mon pauv’ Tutur?» risqua-t-elle avec humilité quand elle put espérer que la séance de tout à l’heure ne recommencerait pas.

—«Je crois que je t’ai montré que je savais m’y prendre pour tuer tes puces,» répliqua-t-il. «Eh bien, dis-toi, la môme, que je leur ai simplement chatouillé l’épiderme auprès de la façon dont je les aplatirais sur ta peau si tu repiques au truc. Tâche de ficeler ces satanés deux liards de mou que t’as dans la margoulette.»

Ce langage imagé parut limpide à la Môme-Cervelas. Désormais, elle tiendrait sa langue.

Aussi, le lendemain, se garda-t-elle de poser d’indiscrètes questions au charmant Arthur, lorsqu’il lui dit, vers cinq heures du soir, sur un ton d’ailleurs gracieux:

—«Brosse mes frusques, Cervelette. Et puis tu me feras mon nœud de cravate. Je vais dans le monde.»

Elle obéit. Le Beau Rouquin soigna sa toilette. Puis, consultant sa montre:

—«Allons... Ils doivent avoir fini de juter leurs bêtises, ces salivards de la Chambre. V’là le moment de se trotter chez les marquis.»