A peine essayait-on de lui administrer gauchement les premiers soins, qu’un médecin fut amené, suivi presque aussitôt par le commissaire de police.

Le praticien eut bientôt déclaré qu’il n’y avait rien à faire. La mort remontait à deux heures au moins.

Quant au magistrat, il inspecta sommairement les lieux et posa quelques questions, de l’air du monde le plus dédaigneux et le plus détaché. Quel intérêt pouvait offrir cette banale aventure? Un pauvre diable, logé en garni,—et dans quel garni!—sans doute à bout de ressources, à qui le vice, l’alcool, ont ôté tout ressort pour la lutte et le travail, qui attache une corde à son ciel de lit, se passe la tête dans le nœud coulant, et envoie promener d’un coup de pied la table sur laquelle il s’était juché pour cette opération, cela se voit tous les jours, et ça n’a de conséquence vraiment regrettable que de déranger les commissaires de police.

Toutefois, le point de vue du fonctionnaire changea quand il se fut avisé d’interroger le jeune homme qui, venant rendre visite au suicidé, avait amené la découverte lugubre.

—«Votre nom, monsieur?» demanda-t-il.

—«Gilbert Gairlance, prince de Villingen.»

La voix eut beau se faire basse, les plus proches entendirent, et le mot: «Un prince!... un prince!...» vola de bouche en bouche, à travers le corridor et l’escalier, jusqu’à l’attroupement, dans la rue.

Le commissaire de police leva les sourcils, étonné.

—«Sans doute, vous apportiez quelque secours à ce malheureux?

—Mais non. José Escaldas n’était pas dans le dénûment. Ce n’est certainement pas par misère qu’il s’est tué. Il travaillait pour le compte de gens qui ne l’eussent pas laissé sans pain. Cet homme est un Bolivien, ancien intendant du marquis de Valcor.