—Oh!» s’écria le commissaire, «serait-il l’Escaldas du procès Valcor?

—Lui-même.

—L’auteur de la fameuse lettre fausse?»

Gilbert se tut.

—«Ah! mais, voilà qui est différent,» reprit le magistrat. «Je vais faire transporter le corps à la Morgue, aux fins d’autopsie, mettre ici les scellés... Je ne pense pas que cette mort ait une grande signification. Le diffamateur s’est fait justice. Mais enfin...»

L’évidence de cette réflexion tomba lourdement sur l’âme de Gilbert. L’émoi de l’horrible scène se calmait en lui. La signification en surgissait nette, indéniable. Le suicide d’Escaldas, c’était la justification définitive de Valcor, l’aveu du mensonge, désormais démasqué, impuissant, sur lequel avait été échafaudée toute la retentissante Affaire. L’inventeur de la fable calomniatrice, le mystificateur audacieux, se voyant acculé à une catastrophe imprévue, à une ignominieuse défaite, au châtiment sans doute, abandonnait la partie en quittant l’existence.

«Et voilà de quelle savante gredinerie je me suis fait complice!...» pensa Gilbert.

Lui, il avait combattu de bonne foi. Il avait été convaincu par cet ensemble inouï de présomptions que lui présentait le métis. Il avait été persuadé que le père de Micheline était un faux marquis de Valcor. Il avait cru au bon droit de Marc de Plesguen. Mais qui en conviendrait maintenant? Qui ne l’accuserait d’avoir participé sciemment à un complot de bandits? Qui ne le mettrait, lui, petit-fils du vainqueur de Villingen, au rang de ce vil produit de races inférieures, de cet être dépourvu par naissance de toute moralité, de celui qu’il nommait plaisamment, mais avec un si véritable dédain, «l’Inca».

Un accès de rage douloureuse saisit Gilbert. Il jeta sur le misérable corps qui gisait là un regard de féroce rancune. Quel allié pour le descendant d’un prince de l’Empire!