—Mieux que par les tribunaux,» riposta vivement l’octavien. «Par un vote éclatant de la Chambre, validant l’élection du marquis de Valcor, député du Finistère. Et vous n’ignorez pas après quel incident. La fameuse lettre, base de l’accusation, arguée de faux par le marquis, reconnue authentique par les experts officiels, fut dénoncée à la tribune comme écrite sur un papier postérieur de dix-huit ans à sa date. Le filigrane trahissait la fabrication récente. Le document venait d’être créé de toutes pièces. Et cette découverte, étouffée d’abord par la perfidie du parti au pouvoir, éclata si manifestement, que personne ne s’est essayé, depuis, à y contredire.»
Le Père Eudoxe reprit haleine et s’écria:
—«Les tribunaux! Mais ils n’auront même pas à prononcer. Il paraît que monsieur de Plesguen, le soi-disant héritier du nom, se désiste, retire sa plainte.
—Vraiment?» dit la comtesse d’une voix altérée. «J’ignorais ce détail. En êtes-vous sûr?
—Je le tiens,» dit le Père, «d’une de mes parentes, Mère économe dans une maison de nos excellentes sœurs, les Géraldines. Cette religieuse a reçu la visite de mademoiselle Françoise de Plesguen, qui, désespérée, souhaite de prendre le voile.
—Françoise au couvent!» s’exclama Gaétane.
A ce cri, le Père Eudoxe fut assuré de ce qu’il devinait déjà. La comtesse de Ferneuse devait être mêlée d’une façon étroite—et, sans doute, tragique, d’après son attitude—au drame de Valcor. Elle s’était donnée comme une coupable. Aurait-elle trempé dans la machination dont il s’indignait? Était-elle alliée aux adversaires du marquis? Détenait-elle le secret de cette intrigue? Un peu d’ironie perçait dans son accent quand il repartit:
—«Hé quoi! madame la comtesse, serait-ce moi qui vous apprendrais quelque chose sur un sujet dont vous me supposiez à peine informé? Oui, mademoiselle de Plesguen, ne voulant, pas plus que son père, d’ailleurs, demeurer complice de faussaires—car tous deux étaient, semble-t-il, de bonne foi—renoncerait à ce fameux héritage de Valcor. Mais, avec le nom et l’apanage, il lui faudrait perdre l’amour intéressé de son fiancé. Le prince de Villingen ne la recherchait que parce qu’il croyait à ses droits. La malheureuse, humiliée et abandonnée, songerait à se réfugier dans un cloître.
—Je la plains,» soupira Gaétane. «Mais il est des souffrances pires que la sienne.»