Une si intense tristesse s’exhalait de l’accent et de toute la personne de cette femme, si belle et si désolée sous la nuit, parmi le bruit mélancolique des flots remués, sur ce navire, désert maintenant en apparence et silencieux comme un vaisseau-fantôme, qu’une pitié ardente étreignit le cœur du moine. Il regretta ses soupçons.
—«Ma fille,» dit-il, reprenant sa voix onctueuse et paternelle, «j’oublie, sous le souffle trop âpre des contestations humaines, que vous attendez de moi un soutien moral, jusqu’à ce que, rentré dans la lutte, je puisse vous servir, comme vous me l’avez fait espérer, par les faibles moyens d’action que Dieu me donne. Je vous écoute avec la fraternité profonde d’un prêtre, et, si vous le permettez, d’un ami. Découvrez-moi le secret qui vous torture. Nous trouverons sans doute un remède à votre peine, et, à coup sûr, l’apaisement de votre conscience.»
Un recueillement solennel enveloppa ces deux êtres pendant une minute, où ils se turent.
Qu’il était donc difficile, l’aveu que cette femme avait à faire! La vide immensité du ciel et des eaux n’était pas un gouffre assez muet à son gré. Avait-elle peur d’éveiller un écho dans ce formidable espace, où ne comptent pourtant pas les plus déchirantes clameurs humaines? D’une voix éteinte, elle murmura:
—«J’ai aimé Renaud de Valcor. Pour lui j’ai oublié mes devoirs d’épouse. Il est le père de mon fils.»
Pressentant autour de cette faute quelque chose de plus irréparable qu’une criminelle passion, le religieux, stupéfait, demanda:
—«Mais alors, je me trompais donc, en vous imaginant parmi ses adversaires?
—Mon fils a vingt-cinq ans,» dit-elle. «J’ai aimé monsieur de Valcor lorsque le marquis avait vingt ans et moi dix-sept. Un devoir plus rigoureux à mon égarement que la seule fidélité conjugale eut raison de ma folle tendresse. Je brisai la chaîne adorée. C’est alors que Renaud partit pour l’Amérique.»
Le Père Eudoxe, bouleversé, se pencha: