A la Paz encore, il fut facile de reconstituer quelques pérégrinations du voyageur.
De cette capitale de la Bolivie datait la dernière lettre adressée par Hervé à sa mère. Il l’informait alors qu’il y attendait Mathias Gaël, le contrebandier breton, chargé par le marquis de Valcor d’une mission mystérieuse, et dont il devait surveiller les démarches.
Mathias était parti bien avant lui. Cependant tout donnait à croire que le premier des deux voyageurs avait rencontré sur sa route des retards considérables. Accident, maladie, ou attaque de pillards. S’il était parvenu au but, il s’y trouvait dans des conditions de secret et d’incognito qui rendaient la tâche d’Hervé bien difficile. Le jeune comte attendait, s’enquérait, observait.
Tel était le dernier bulletin à sa mère, après lequel commença le silence dont s’était affolée Mme de Ferneuse.
Maintenant, c’était elle qui, à son tour, cherchait son fils disparu.
Le Père Eudoxe l’accompagnait.
N’était-ce pas, pour le missionnaire, le meilleur début de son œuvre sainte, que d’aider et de protéger cette femme à travers les obscures régions de sauvagerie où il rêvait d’apporter la lumière? En elle, les tourments de la mère et le repentir de la chrétienne l’avaient ému. Puis sa curiosité psychologique de manieur d’âmes se prenait au drame étrange dont Gaétane était l’héroïne, à l’énigme passionnante dont elle poursuivait la solution.
Pour Mme de Ferneuse, nul guide n’aurait valu ce moine, intrépide comme un soldat, fin et avisé pour avoir tant étudié l’homme, et connaissant déjà,—car il y était venu dans sa jeunesse,—le pays qu’ils parcouraient. Le religieux parlait même les principaux dialectes indiens. Car il se préparait de longue date à suivre son impérieuse vocation.
—«Voilà le village de mes pères,» dit un jeune garçon, à la peau de cuivre, aux yeux noirs un peu obliques, au nez camus, aux lèvres épaisses et aux longs cheveux huileux, qui se trouvait dans la première pirogue.