Elle vit le moine se faire porter au bord par deux Indiens, qui barbotèrent dans les roseaux, mouillés jusqu’à la ceinture. Avec son autorité naturelle, il s’avança vers les hommes qui travaillaient le caoutchouc, et, par sa façon dominatrice de leur parler, fixa rapidement leur attention.
Mme de Ferneuse, debout dans la pirogue, haletante d’espoir et d’angoisse, tâchait de deviner par leurs gestes le sens d’un dialogue incompréhensible pour elle. D’ailleurs, elle n’en aurait d’aucune façon saisi les paroles, couvertes qu’elles étaient par un bruit de gémissements, sorte de lamentation monotone et continue. L’idée de son fils blessé, agonisant peut-être, lui fit chercher anxieusement d’où provenaient ces plaintes. Elle aperçut alors, contre l’une des huttes, derrière l’un des cuveaux de caoutchouc, deux Indiens, étendus à terre sur une couche de feuillage, et qui paraissaient beaucoup souffrir, à en juger par leurs cris, leurs contorsions, et l’empressement de quelques femmes, occupées à leur prodiguer des soins.
Après un moment de pourparlers, le Père Eudoxe revint vers la pirogue, avec des signes rassurants, et un sourire de joie dans sa barbe grise.
—«Mon fils?...» cria la comtesse.
—«Il vit.
—Ah! Dieu bon!... Est-il dans ce village?
—Je le crois.
—Oh! faites-moi aborder!... Laissez-moi courir!...
—Un peu de patience, madame. Écoutez.»