Le religieux se rapprocha davantage de l’embarcation. Et il se mit en devoir de raconter à Gaétane ce qu’il venait d’apprendre, tandis que les calmes Indiens demeuraient impassibles, les uns immobiles sur la rive ou dans les pirogues, les autres reprenant la fabrication de leurs boules en caoutchouc, sans même regarder davantage ces êtres si différents d’eux, et qui s’entretenaient dans une langue inconnue.
—«Voici,» dit le moine. «J’ai eu de la peine à tirer de ces gens quelques renseignements. Ils sont la défiance même, surtout quand il s’agit d’un étranger qu’ils ont accueilli. Leur hospitalité est admirable. Elle est d’ailleurs intéressée. Car ils se figurent que leurs dieux indignés anéantiraient un village où l’hôte aurait encouru quelque péril. Grâce à la présence avec nous d’hommes de leur tribu, et surtout à l’intervention de ce jeune garçon, qui nous mena ici, j’ai pu savoir quelque chose. Mais soyons prudents. Ne heurtons pas leurs coutumes.
—Pour l’amour du ciel, dites!... Que savez-vous d’Hervé?
—Un jeune homme dont la description répond à celle que vous m’avez faite de votre fils est arrivé ici il y a un certain temps, plusieurs mois, si j’ai bien compris. Il était blessé. On n’a pas pu le guérir entièrement...
—Il a souffert si longtemps!... Le sauverons-nous, mon Dieu?...
—Ces individus que vous entendez se lamenter là-bas, couchés sur un lit de feuilles, ont pris son mal par des sortilèges, et ce sont eux qu’on soigne pour qu’il guérisse.
—Quelle insanité! Où est-il?...
—Je n’ai pu l’apprendre encore.
—Mon Père, fouillez ces huttes! Ou plutôt, non. Qu’on m’aide à descendre! J’y vais moi-même.»
Elle allait sauter de la pirogue. Déjà elle enjambait le rebord, s’élançait dans l’eau et dans les roseaux. Un cri du Père Eudoxe l’arrêta.