—«Ne vous hâtez pas trop, madame. Écoutez-moi,» dit le Père Eudoxe, lorsqu’il se fut approché.

Elle pâlit. Quel air grave le moine prenait maintenant! Qu’allait-il lui apprendre?

—«Hervé est malade? estropié? mourant?

—Rien n’est perdu... Je vous assure. Nous le sauverons. Mais nous arrivons juste à temps,» dit l’octavien.

Il expliqua ce qu’il avait cru discerner dans un examen rapide. Le jeune comte de Ferneuse souffrait d’une blessure au-dessus du genou. Une balle devait y être restée, causant une espèce de paralysie de la jambe. Mais il y avait autre chose. Cette blessure et l’atmosphère du marécage, sous le chaud étouffement des arbres, le maintenait dans un état fébrile persistant où s’usaient ses forces et sa volonté. Sans doute, là était la cause de cette inertie qui le retenait depuis une période indéterminée, mais certainement longue, dans son étrange asile. Il y paraissait heureux.

—«Mais,» ajouta le moine, «nous ne pourrons pas nous rendre compte, ce soir, de son véritable état d’esprit. Tous les jours, avant le coucher du soleil, votre fils est pris d’un léger accès de délire. Je l’ai trouvé dans cette phase. Elle ne durera pas. Les Indiens m’ont rassuré à ce sujet, en m’expliquant le cas à leur façon. Ils m’ont dit que j’arrivais au moment où l’âme du blanc est absente. Les dieux, prétendent-ils, l’emmènent ainsi chaque soir dans son pays, pour que le regret des siens ne lui soit pas trop amer.»

Mme de Ferneuse éclata en sanglots.

—«Mon enfant!... Mon pauvre enfant!» soupira-t-elle.

—«Courage! Vous le savez, j’ai quelques connaissances en médecine. Je vous réponds de le tirer de là. Maintenant, venez le voir.

—Me reconnaîtra-t-il seulement?