D’un ton à la fois implacable et désespéré, la comtesse s’écria:

—«Malheureux enfant! Tu n’épouseras pas Micheline, puisque je n’ai pu me prouver à moi-même que son père n’est pas aussi le tien!»

Le père Eudoxe tressaillit et eut un geste comme pour arrêter—trop tardivement—cette terrible phrase, au moment où elle échappait à Mme de Ferneuse. Quant à Hervé, il était devenu d’une pâleur si impressionnante que sa mère crut revoir—avec quelle angoisse!—le spectre douloureux qui lui était apparu dans la hutte indienne, où elle avait eu peine à reconnaître l’enfant bien-aimé.

—«Mon Dieu!... Me faut-il tuer mon fils? Ah! quel châtiment de ma faute!» gémit-elle éperdue.

En même temps, elle glissait sur ses genoux chancelants, comme prête à se prosterner devant lui.

Le moine vint en aide à ces âmes bouleversées.

—«Madame, reprenez courage. Ne vous croyez pas ainsi toujours sous la malédiction du Ciel. Il n’est pas question de châtiment pour nous autres, faibles humains, que broierait la colère divine. Le châtiment, un Autre l’a supporté pour nous. Le Seigneur n’a-t-il pas expié sur la Croix? Et vous, mon fils, ouvrez les bras à votre mère. Si la vérité qu’elle vous fait entrevoir brise votre amour terrestre, supportez vaillamment votre douleur pour l’en consoler, elle, cette mère, qui en souffrira plus que vous.»

Hervé n’avait pas attendu ces mots pour prendre sa mère contre son cœur et lui chuchoter les plus tendres consolations.

Brusquement, Mme de Ferneuse s’arracha de ses bras:

—«Dites-lui tout, mon Père,» supplia-t-elle.