Et elle s’élançait en même temps, comme pour fuir l’horreur de l’aveu.
Hervé cria:
—«Ma mère, restez... Ne me dites rien. Je ne veux rien savoir.»
Mais, déjà, elle avait quitté la véranda, le laissant seul en face du missionnaire.
Le jeune homme cacha son visage d’une main et écouta le long récit du prêtre.
Ce ne furent pas les atténuations ni les explications de celui-ci qui allégèrent pour ce fils la douleur d’apprendre qu’il n’avait pas dans les veines le sang de l’homme dont il portait le nom. D’autres attestations, qui s’élevèrent du plus profond de son âme, l’empêchèrent d’éprouver même l’ombre d’un sentiment qui l’eût torturé plus que tout le reste: le mépris de sa mère, de cette mère qu’il admirait et vénérait comme une créature d’élite, d’exception. La mépriser!... La blâmer!... Dieu, non! Il n’en eut même pas l’impulsion inconsciente, qu’il ne se fût point pardonnée.
—«Mon Père,» dit-il à l’octavien, lorsque Eudoxe, avec une incomparable délicatesse, eut tout dit de façon à ce que cet ombrageux cœur filial pût tout entendre, «allez, je vous prie, rassurer ma mère. Annoncez-lui qu’elle m’est plus chère et plus sacrée que jamais. Je fus témoin du long martyre de sa jeunesse, alors qu’elle se dévouait pour le comte Stanislas de Ferneuse, aveugle. Je me suis interdit de juger cet homme égoïste et brutal, tant que j’ai cru à un lien qui m’imposait envers lui le respect. Mais laissez-moi vous le dire, si choquant que ce puisse vous paraître...»
Le moine voulut l’interrompre. Il continua:
—«Écoutez donc cette pensée en confession. Elle est mauvaise, soit. Je m’en accuse. Mais je suis heureux de ne pas tenir la vie d’un être à qui la fatalité seule avait enchaîné celle dont il fit sa victime. Ma mère... ma pauvre mère!... Ah! qu’elle a dû souffrir!... Et comme je vais l’aimer!»