—Oh!» remarqua Hervé, «celle-ci est plus pâle, moins distincte.

—Moins distincte, parce que le fouillis de plantes s’est avancé jusque là. Et depuis peu, sans doute. Cet échevèlement de lianes représente une poussée jeune, de moins de vingt années, à coup sûr.» En prononçant ce chiffre, le moine regarda Mme de Ferneuse, qui tressaillit. «Et si elle est plus pâle,» reprit-il, «c’est que l’action du soleil et de l’air ont atténué la coloration de sa surface.

—Mais l’action du soleil et de l’air a été la même sur l’autre, dont la nuance est si vive,» s’exclama le jeune comte.

Les derniers mots moururent presque sur ses lèvres, sous le coup d’œil que lui lança Eudoxe. Ce coup d’œil, tellement expressif, faisait surgir en lui une idée qui l’éblouissait.

—«Comment?... Vous penseriez?...» balbutia-t-il.

—«Vous avez étudié la géologie, mon enfant,» lui dit le religieux. «Regardez ces fragments de roche...» (Il en ramassait un à terre.) «Je vais vous donner ma loupe.» (Et il tirait cet instrument de la précieuse sacoche, réceptacle participant de la pharmacie et du laboratoire.) «Examinez ces cristaux. Dites-moi combien d’années vous croyez qu’ils puissent subir, sans s’altérer, au moins extérieurement, les effets de la lumière et de l’humidité. Rappelez-vous que des pluies diluviennes inondent cette région à une certaine époque de l’année.

—Je vous en prie,» s’écria la comtesse, «expliquez-vous en termes plus simples pour l’ignorante que je suis. Pendant que mon fils vérifie votre théorie scientifique, dites-moi, mon Père, si elle peut changer quelque chose à ce que nous avons cru voir.

—Tout... madame... Tout peut changer d’aspect. Écoutez. Depuis que nous avons mis le pied dans ce vallon, des indices m’ont frappé, que j’étudie, et qui, de minute en minute, accentuent ma conviction. Cette «pierre sanglante», en face de l’eucalyptus, ne devait pas être visible il y a vingt années. Un éboulement récent l’a mise à nu. La seule tache rouge importante qui existait avant elle dans ce vallon, serait donc celle que je viens de vous montrer, sur la paroi que surmonte l’arbre. En ce cas, la ligne qu’il faudrait tirer entre la pierre rouge et ce même arbre, serait perpendiculaire à la direction de la vallée, au lieu de lui être parallèle. Son extrémité toucherait la muraille latérale que vous voyez là, en face de l’eucalyptus, et non celle du fond. La sépulture que nous cherchons serait donc sur un côté du vallon et non à son extrémité.

—Mon Dieu!... mon Dieu!...» murmura Gaétane, dans une espèce d’extase reconnaissante.

Hervé, moins prompt à l’espoir, dit à Eudoxe: