—«Pourquoi, cependant, Mathias Gaël n’aurait-il pas tenu compte de cette seconde pierre rouge?
—En teniez-vous compte vous-même?» riposta le moine. «L’éclat de la première ne vous a-t-il pas trompé, jusqu’à ne pas même remarquer l’autre, dont la coloration vous aurait frappé sans cela? Ce Gaël n’est qu’une brute ignare. Comment aurait-il démêlé ce qui échappait à un homme cultivé, tel que vous? à un savant même... Car votre vocation...
—Un pauvre savant,» sourit Hervé. «Mais, mon Père, alors, selon vous, Mathias n’aurait rien trouvé là-bas?
—Rien. Et ce qui me confirme dans cette idée, c’est que le sol est remué sur une étendue beaucoup plus considérable qu’il n’eût été nécessaire avec un point de repère exact. Ces fouilles représentent un travail énorme, désespéré.
—On le recommencera. Gaël reviendra ici.
—Prévenons-le!» s’écria Gaétane. «Hervé, ordonne à tes Indiens de creuser la terre immédiatement.
—Laissez-moi prendre l’orientation précise,» dit l’octavien.
Après les calculs préliminaires et au moment du premier coup de pioche, les trois amis échangèrent quelques réflexions sur ce qu’ils pouvaient avoir à craindre d’un retour offensif du contrebandier. Probablement, Gaël ne reviendrait pas de sitôt. Il devait avoir redemandé de nouvelles instructions au marquis de Valcor. Il les attendait dans quelque cité bolivienne, où il goûtait les plaisirs d’une existence désormais large et assurée. Nulle hâte ne le pressait maintenant. Il avait vu le jeune comte de Ferneuse emporté mourant par les Indiens vers leurs retraites pleines de miasmes et de fièvres. Pourquoi le craindre? Celui-ci n’en savait d’ailleurs pas plus que lui-même sur l’emplacement secret, puisque Hervé en avait été réduit à l’épier et à le suivre.
—«Il y a déjà deux ou trois mois que nous nous sommes battus dans cette vallée,» observa le jeune homme. «Mathias peut être en possession des renseignements du marquis.
—Ce serait un bien étrange hasard qu’il survînt justement aujourd’hui,» fit la comtesse.