Ses yeux exprimèrent on ne sait quel détachement. Mépris, pitié, fierté, miséricorde chrétienne?... Par quoi planait-elle au-dessus du sentiment que sa lèvre écartait, dédaigneuse? Sans s’analyser, elle reprit:
—«Quel but ai-je poursuivi, Hervé? Ne le sais-tu pas? L’ardeur avec laquelle j’ai voulu la vérité—jusqu’à risquer ta vie, mon unique trésor!—s’inspirait de deux désirs indomptables: m’assurer que tu n’étais pas le frère de Micheline, par conséquent rendre possible ton bonheur. Et puis...»
Elle n’acheva pas. Elle ne dit pas cet autre désir, plus impérieux que le besoin de respirer: celui d’échapper au vertige d’un amour qui ressuscitait trop le rêve passionné de sa jeunesse—d’un amour qui avait failli lui donner le change. Effroyable erreur!... Non moins effroyable en doutant s’il fallait croire, qu’en croyant s’il fallait douter. N’y avait-il pas eu des instants où elle s’était sentie près d’ouvrir les bras à l’imposteur, dont le masque d’amour l’enchantait d’une prodigieuse illusion? C’était de cet enfer indicible qu’elle avait voulu sortir à tout prix.
Son fils ne pouvait deviner ce qu’elle taisait. Il n’y attacha pas sa pensée. Quand elle eut prononcé le nom de Micheline, il lui baisa la main dans une effusion de reconnaissance.
—«Ah! je craignais tant!...
—Quoi donc?
—Que vous ne puissiez consentir à me voir épouser la fille de cet homme.
—Est-elle responsable?» demanda Gaétane.