Il comprit combien elle l’aimait, quelle angoisse atroce et obscure avait étreint ce pauvre jeune cœur.

—«Oh! ma Micheline adorée! Regardez-moi. Serais-je ici? Viendrais-je réclamer votre foi et vous engager de nouveau la mienne, s’il nous était interdit de nous aimer?

—Mais votre mère?

—Ma mère sera la vôtre. Rien, pour elle, n’existe plus au monde que notre bonheur.»

Micheline voulut parler, s’arrêta comme suffoquée d’émotion, puis, d’une bouche que les larmes contenues faisaient trembler, murmura:

—«A-t-elle pardonné à la mienne la scène terrible? A-t-elle pardonné à ma pauvre maman, qui est morte?»

Hervé s’empressa de l’en assurer.

Comme c’était loin, cette scène du bal, par laquelle s’ouvrit la série de leurs misères! Quel rôle avait joué alors la marquise Laurence? Pourquoi son éclat de fureur soudaine? Pourquoi ses excuses du lendemain? Le jeune comte resta un instant rêveur, à ce souvenir évoqué. Mais l’énigme lui parut sans importance. Évidemment la douce et insignifiante Laurence n’avait été qu’une visionnaire, hypnotisée devant les fantasmagories du prodigieux metteur en scène qu’était son mari, adoré par elle humblement.

—«La mémoire de votre mère est digne de tout respect et de toute pitié.»