C’était un valet de chambre, qui dit:

—«Madame la comtesse de Ferneuse se fait annoncer à monsieur le marquis.

—Introduisez madame la comtesse dans le jardin d’hiver, et dites-lui que je me rends à ses ordres.»

Quand le domestique fut parti, Renaud se regarda dans une glace.

Était-ce pour constater que, malgré ses traits plus marqués, ses cheveux plus grisonnants, il était toujours le beau cavalier, au visage et à la tournure romantiques, dont Gaétane avait gardé l’image après leur dernière entrevue, deux ans auparavant? Était-ce pour s’assurer, à la fermeté de son regard, à l’aisance de son sourire, qu’il restait le maître de sa physionomie et de son expression?

Il eut un haussement d’épaules fataliste, et il échangea avec son image un coup d’œil d’ironie lassée. Puis, toujours élégant, le front haut, la taille jeune, le pas élastique, il descendit retrouver la comtesse.

Elle était debout, droite et pâle comme une statue, quand il entra dans le jardin d’hiver.

C’était une galerie vitrée, exposée au midi, et remplie de plantes superbes. Les faibles rayons du soleil d’avril s’emmagasinaient entre les parois de verre. Mais surtout un système perfectionné de conduits d’air chaud y entretenait une température exquise.

Cependant, comme plusieurs salons ouvraient sur cette galerie, le maître de la maison, après avoir salué sa visiteuse, la pria d’entrer dans une pièce située tout au bout, formant le rez-de-chaussée de la tourelle, et absolument isolée des autres appartements.

Cette petite salle ronde, d’ailleurs meublée d’une façon ravissante, se trouvait précisément au-dessous de la bibliothèque de Micheline, là où furent découvertes les lettres, dans la cachette du mur. Les fenêtres étroites y laissaient entrer peu de lumière, et donnaient, par leur profondeur, une idée de l’épaisseur de ce même mur. Mais une large baie ouverte sur la galerie verdoyante et déserte, ôtait à ce réduit l’air un peu secret et morose que lui prêtait son architecture.