—Deux au moins: je ne suis pas un rustre, et je n’ai pas tué celui dont je porte le nom.

—Qui prétendez-vous être?

—Je ne prétends pas. Je suis. Je vous ai répondu quand vous m’avez posé cette question, tout à l’heure, en entrant ici. Je suis le marquis de Valcor.

—Comment osez-vous le soutenir? C’est de la folie!

—Mon père s’appelait François-Henri-Tristan-Amaury de Valcor. Avant son mariage, il a aimé Mathurine Gaël. Il en a eu un fils. Ce fils, c’est moi.

—Vous!...

—Ma mère, épouvantée et repentante de sa faute, se reprit presque aussitôt. Elle se maria, ne se sachant pas enceinte d’Amaury de Valcor. Personne ne soupçonna la brève et douloureuse idylle. Douloureuse pour la pauvre paysanne, qui n’aima jamais d’autre homme que son séducteur, ni aucun de ses enfants comme celui qu’elle savait être le fils de cet amant superbe. Elle passa pour avoir accouché avant terme. On me baptisa Bertrand.

—Bertrand Gaël!...

—Bertrand Gaël! oui... Mais je suis un Valcor,» cria l’aventurier avec un regard fulgurant. «Je suis l’aîné de la race. Un bâtard par les lois, soit! Mais, de par le sang et la nature, le véritable marquis de Valcor. Comprenez-vous, maintenant, ma ressemblance avec l’autre, avec celui qui est mort là-bas, et qui m’appelait son frère? Oui, son frère... Et on dit que je l’ai tué!...»

Le cri fit frémir Mme de Ferneuse. Si la vérité n’était pas dans ce cri, où était-elle?