—Entre les mains de Laurence.
—La malheureuse!...
—Vous vous rappelez la scène du bal. Elle venait de les parcourir.
—Mais, dès le lendemain, elle désavouait sa colère. Elle m’envoyait des excuses.»
L’aventurier eut un sourire.
—«Je comprends,» dit la comtesse, dont le dégoût remonta aux lèvres. «Vous l’avez leurrée de quelque mensonge, comme vous m’avez ensuite leurrée moi-même, dans la grotte, en me racontant cette fantastique histoire de substitution d’enfant.
—Il fallait bien vous ôter l’idée d’un lien possible du sang entre ma fille et votre fils.
—Et vous avez osé,» s’écria-t-elle, tandis qu’une révolte la soulevait tout entière, «vous avez osé ressusciter les souvenirs sacrés, répéter les mots de tendresse, dont vous aviez surpris le secret.»
Un frisson d’horreur la fit trembler toute, tandis qu’elle évoquait la scène de la grotte, revoyant à ses pieds cet homme, entendant ses prières ardentes, qu’elle avait pu un instant confondre avec une autre voix à jamais muette.
—«J’ai souffert plus que vous ne souffrez aujourd’hui,» murmura-t-il sombrement. «J’étais fou, d’une passion réelle et d’une illusion indicible. Moi, qui m’appelais Renaud de Valcor, moi qui me croyais—oui, vous m’entendez bien,—qui me croyais celui-là dont j’avais pris l’âme, le nom, l’aspect, je me trouvais être votre amant par le rêve du passé et je n’avais pas le droit, dans le présent, de baiser le bord de votre robe. C’est quelque chose que vous ne pouvez pas savoir... Une torture de damné.