—Et l’anneau?...» demanda-t-elle, «l’anneau?...»

Elle fixait sur le bijou des yeux hagards.

—«L’anneau?...» reprit le faux marquis de Valcor, en passant une main sur son front. «Oui, l’anneau,» répéta-t-il, recouvrant la fermeté de son accent. «J’ai appris toute sa valeur par les lettres. Et je me suis repenti alors de l’avoir laissé au doigt de mon frère. Il m’en avait prié: «Jure-moi de m’enterrer avec,» m’avait-il demandé. Je fis le serment. Je le tins. Je l’aurais tenu même si—comme vous persistez peut-être à le croire—j’avais été l’assassin de ce pauvre être, que la fièvre condamnait plus sûrement que ma féroce envie. Si la maladie m’avait déçu, j’aurais pu tuer Renaud, madame. Je n’aurais pas ôté de son doigt cette petite bague, qui lui semblait chère. Voilà un crime dont je n’étais pas capable.»

Ces paroles contenaient un singulier mélange de cynisme, d’attendrissement et d’ironie. Mme de Ferneuse inclina la tête, et resta plongée dans une impénétrable méditation. En cet abîme de songerie où elle se perdait, rôdait encore une âpre curiosité qui, sans doute, domina tout, car lorsqu’elle rouvrit la bouche, ce fut pour demander:

—«Laurence n’a jamais soupçonné?...

—Jamais.

—Une Servon-Tanis, marquise de Valcor...» murmura sardoniquement la comtesse de Ferneuse. «L’infortunée!... Si elle avait su qu’elle était simplement la femme de Bertrand Gaël... Pas même... Car la bigamie est interdite... Et la femme de Bertrand Gaël, c’est la pauvre démente, qui, là, en bas, sur la grève, raccommode en ce moment des filets.»

Une idée parut ici frapper Gaétane. Elle demanda:

—«Mais cette pauvre créature?... Mauricette?... L’Innocente?... Votre femme, enfin... Ne vous a-t-elle pas reconnu, à votre retour, un soir, sur la lande?...

—Ne parlons pas de cela!» s’écria l’aventurier, avec,—pour la première fois,—un geste qui ressemblait à de la souffrance, ou à du remords.