—Il faudra bien vous y soumettre. Les voici. Vous restituerez le nom et le domaine de Valcor, avec ses revenus capitalisés pendant vingt ans, à monsieur de Plesguen. Et vous vous hâterez, car il se meurt. Sa fille a pris le voile. Si le malheureux ne s’est pas tué, c’est à cause d’elle. Mais la honte et le regret l’écrasent, car il croit vous avoir attaqué contre tout droit.

—Laissons les attendrissements de famille,» murmura ironiquement l’aventurier.

—Puis,» continua Mme de Ferneuse, sans relever ce mot douteux, «vous partirez pour toujours en Amérique. Vous y dirigerez vos établissements industriels. Jamais vous ne remettrez les pieds en Europe.» Elle hésita un instant, et enfin acheva nettement, solennellement: «Vous oublierez que Micheline est votre fille.

—Et elle?...» répliqua-t-il avec un frémissement visible. «Oubliera-t-elle que suis son père?...

—Nous ferons tout pour cela,» dit impitoyablement Gaétane.

L’homme sur qui tombait cet arrêt, éclata d’un rire strident.

—«Voilà donc votre justice!... Et vous la prétendez plus généreuse que celle des Cours d’assises! Vous me feriez maudire par ma propre fille. J’aime mieux les juges en robe rouge. Ils n’ont pas ça dans leurs codes.

—J’ai dit oublier, non pas maudire. Vous donneriez à Micheline telles explications qui vous conviendraient. Ce n’est pas par nous qu’elle saurait la vérité. Comment l’apprendrait-elle? En devenant la femme de mon fils, elle renoncerait à votre héritage. Clause à laquelle, certainement, elle ne se refusera pas. Ainsi se justifierait à ses yeux l’abandon de vos biens à la branche des Plesguen. Quant à vos établissements d’outre-mer, vous en disposerez...»

Mme de Ferneuse acheva sa phrase par un geste vague. Peu importait, du moment que Micheline aurait les mains pures de l’or frauduleux. Devant la physionomie sarcastique et le sourire muet de son interlocuteur, elle reprit:

—«Vous ne m’avez pas comprise. Je vous répète que je ne m’élève ni en justicière ni en vengeresse. Trouvez vous-même à votre monstrueuse aventure un dénouement plus doux. Il n’en est pas. Du moins, si vous admettez que les Ferneuse ne sauraient devenir vos complices. Restituez à l’infortuné Marc de Plesguen, mieux que son patrimoine, la paix de sa conscience. Disparaissez pour que votre fille puisse épouser celui qu’elle aime, et pour qu’elle ignore toujours l’abomination de votre vie. N’est-ce pas le minimum du châtiment qui peut vous frapper?