—«Maintenant, je vais vous dire ce que j’exige de vous pour ne pas vous livrer à la justice.

—«Me livrer à la justice!» s’exclama Bertrand Gaël avec un ricanement amer. «Le pourriez-vous? Ne vous faudrait-il pas livrer en même temps votre secret, votre honneur, celui de votre fils et du nom de Ferneuse?

—Achevez donc,» riposta la comtesse, devenue méprisante. «Ajoutez que vous possédez toujours mes lettres, ma correspondance d’amour avec Renaud, et que vous vous en servirez.»

Il bondit presque.

—«Non, madame. Je suis un gentilhomme. Je suis le fils d’un marquis de Valcor.»

Certes, il en avait l’air. Et l’on ne pouvait nier qu’en quelque mesure il n’en eût l’âme. Non pas sans doute l’âme moderne, affinée par des siècles d’éducation, mais l’âme de la violente et subtile Renaissance, où de singulières délicatesses fleurissaient chez les plus nobles à côté de la rapine, de la cruauté, de toutes les audaces. Le mélange d’un sang, non moins chaud, mais rustique et plus âpre, avait fait rétrograder vers d’autres âges cette extraordinaire personnalité.

—«Vos lettres,» reprit-il. «Vous les aurez tout à l’heure. Je vais vous les chercher. Vous les emporterez en quittant cette maison.

—Je ne serai pas moins généreuse que vous, quels que soient vos torts effrayants,» dit Gaétane, touchée en dépit d’elle-même. «Écoutez mes conditions.

—Je les écoute, madame. Mais je vous déclare que je ne m’y soumettrai pas.