—«Certes, l’orgueil. Il était immense. Pensez-y. Quoi qu’il arrivât, moi, Bertrand Gaël, j’avais rendu mère l’héritière d’une des plus anciennes familles de France. J’avais mêlé mon sang, celui des Valcor, au sang de cette aristocratie dont je me sentais l’égal. Je possédais une enfant digne de moi. Puis, cette enfant, je l’ai élevée. Comment ne pas la préférer à l’autre? Pourtant, je vous le répète, Bertrande m’est chère.

—Pauvre Bertrande!...» sourit ironiquement la comtesse. «Ah! vous lui avez ménagé un sort enviable, en effet. Je ne sais ce qu’elle est devenue. Mais, durant sa triste adolescence, partageant la misère de votre famille reniée, elle n’avait en perspective que le couvent.

—La fierté de sa grand’mère ne me laissait pas lui préparer un autre avenir. Mathurine Gaël, éprise d’honneur malgré son égarement si court, ne songeait qu’à effacer cet égarement par une rigidité absolue, une délicatesse farouche. Croyant que Dieu, pour la punir, lui avait enlevé le fils de sa faute, elle vivait dans le regret, l’expiation intérieure, le deuil inguérissable. Elle m’aimait, moi, qu’elle croyait le frère de son enfant de prédilection. Mais elle ne voulait rien accepter des Valcor.

—Et c’est votre mère!» prononça lentement Mme de Ferneuse.

—«C’est ma mère.»

L’étrange bandit courba la tête. Il y eut encore un silence. Puis Gaétane reprit:

—«C’est assez, Bertrand Gaël.»

A ce nom, l’homme qui depuis plus de vingt ans s’appelait le marquis de Valcor, tressaillit, comme touché d’un fer rouge, et leva un visage de défi.

—«C’est assez,» répéta Mme de Ferneuse. «Je ne vous interrogerai pas davantage. Je veux ignorer par quelle série de crimes vous avez pu soutenir si longtemps votre imposture, ni surtout triompher dans votre procès. Un procès pourtant si bien fondé! J’admets tout ce que vous m’avez dit. Je veux croire que vous n’avez pas hâté la mort de celui que vous osez appeler votre frère. Oui,» ajouta-t-elle comme pour elle-même, «j’aime mieux penser que mon fils n’épousera pas la fille du meurtrier de son père...»

Élevant de nouveau la voix, Gaétane poursuivit: