—Avait-il pu découvrir cette paternité dans les lettres auxquelles vous faisiez allusion tout à l’heure?

—Certainement. De la façon la plus claire.

—Mais alors? Sa fille? Il abandonnait le projet de la marier à...?

—Non. Pourquoi l’eût-il fait, s’il n’était pas Renaud, s’il n’était pas le père de mon Hervé? Comme moi pour mon enfant, il ne voulait pas briser le cœur de la sienne.

—Cependant...

—C’est ici qu’il me présenta une inconcevable légende. Obligé, pour soutenir son personnage, de se reconnaître le père d’Hervé, il prétendit ne pas être celui de Micheline.

—Comment! N’est-ce pas sa fille et celle de la marquise?

—Suivant l’état civil, oui. Mais monsieur de Valcor me confia, sous le sceau du secret, que leur propre fillette était morte peu d’heures après sa naissance, alors que la jeune mère était elle-même mourante. On avait, pour sauver celle-ci, caché cette mort, en substituant une enfant vivante au petit cadavre. La supercherie, de momentanée, devint durable, quand, au cours d’une lente convalescence, la marquise se prit si fortement à l’illusion maternelle qu’il sembla trop barbare de la lui enlever. Renaud lui-même, réalisant à peine la substitution dont il était pourtant l’auteur, s’attachait à l’étrangère comme il l’eût fait à l’être de sa chair et de son sang. Cette petite créature était l’enfant d’une faute, sans parents reconnus, sans nom. Elle garda ceux que le hasard lui dispensait si miraculeusement.

—L’aventure est singulière, mais non sans précédents,» observa le Père Eudoxe. «Dans ma carrière de prêtre, j’ai connu des secrets de ce genre. Il y a d’étranges mystères dans les berceaux.