—Je ne puis croire à celui-ci, mon père.
—Pourquoi?
—L’agencement des circonstances serait trop fabuleux. Si telle était la vérité, le marquis de Valcor eût-il attendu si longtemps pour me la dire?»
L’octavien se tut, réfléchissant. La comtesse reprit:
—«Je ne puis sans confusion vous entretenir de l’amour que cet homme m’avoua l’année dernière avec une fougue inouïe. Toutefois, je suis forcée d’y insister pour vous éclairer sur l’abîme ténébreux de cette âme. Est-il, dans les données psychologiques, qu’une passion s’enflamme ainsi de nouveau après être demeurée si complètement éteinte? Je conçois bien qu’une étincelle fortuite ait pu l’allumer, si elle n’existait pas ou si elle existait en s’ignorant encore. Mais comment se fût-elle ignorée avec le miroir de feu du souvenir? Non... non... En ce cas elle n’aurait pu se taire ou se serait tue pour toujours.
—Qu’en savons-nous?» dit profondément le moine. «La passion de l’amour est une puissance imprévue et redoutable, qui se joue des cœurs humains.
—Mon Père, vous persistez à croire que le marquis de Valcor est bien lui-même? Rien, dans mon récit, n’a fait éclater à vos yeux l’imposture?
—A-t-elle absolument éclaté pour les vôtres, madame la comtesse? Avez-vous la certitude?»
Gaétane murmura:
—«Non, je ne l’ai pas.»