Un soir, comme il examinait mélancoliquement un revolver, en se demandant s’il ne valait pas mieux en finir, cette réflexion lui vint:
«Je dois d’abord, par un moyen ou par un autre, réunir quelques billets de mille francs pour le petit Claude. Ce serait trop ignoble à moi, tout de même, de battre en retraite sans avoir assuré un morceau de pain à cet enfant.»
Cette pensée seule lui fit déposer l’arme, dont une seconde plus tard il aurait pressé la détente. Il s’assit, songea. L’image de Bertrande surgit. Un moment après, il bondissait sur ses pieds, criant tout haut:
—«Nom de nom!... Une petite fille comme ça tiendrait tête à la vie dans les plus sacrés embêtements, lutterait toute seule, avec fierté, pour son mioche... et un Villingen ficherait le camp comme un lâche... Cela ne sera pas... Par les batailles de mon aïeul!»
Cette furieuse exclamation vibra si fort, soulignée par le bruit d’une chaise plantée en terre, que le vieux Denis accourut tout effaré.
—«Tiens, mon vieux,» dit Gilbert, «tu vas me faire une commission. Attends... J’écris trois lignes, et tu les porteras où je te dirai.»
Il griffonna le billet suivant:
«Ma petite Bertrande,
«Tu viens de me rendre un fameux service. Tu viens de m’empêcher d’agir en pleutre.
«De ce soir seulement, je comprends quelle vaillante créature tu es.